Kris Dane « Rose of Jericho »

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Plus soul, universel et abouti que ses albums précédents, tout en restant fidèle à son écriture personnelle puisant ses racines dans la grande tradition du songwriting américain, Kris Dane nous livre son nouvel opus, « Rose of Jericho », un véritable petit bijou de musicalité porté par une voix envoûtante !

Ses deux premiers albums, qui continuent de nous plonger aux racines d’un blues teinté de country, gospel ou du rock and folk, sont imprégnés de grandes figures comme Johnny Cash, Tom Waits, Bob Dylan, ou Leonard Cohen,… Ici les références aux couleurs de Marvin Gaye, Van Morrison, Harry Belafonte ou Johnny Clegg viennent élargir encore la palette de l’artiste, conférant une touche « soul » supplémentaire aux rythmes africains… pour composer dix morceaux puissants où l’émotion est omniprésente.

Avec ses amis jazzmen, Kris Dane a convoqué autour de son dernier album deux toutes grosses pointures de la scène anglosaxonne… et pas des moindres. D’une part au mixage, Tom Elmhirst le multi-grammy-awarded pour certaines de ses collaborations avec Adele, Amy Winehouse, Arcade Fire, Beck, The Black Keys, Paolo Nutini, Ellie Goulding, Florence & Mark Ronson, The Kills, The Civil Wars ou U2 (pour ne citer qu’eux), de l’autre, Chris Elliot aux cordes, qui s’était également fait remarquer par ses arrangements pour Adèle, Amy Winehouse ou James Morrison. Un soin tout particulier est donc apporté au choix des sonorités, mixées dans le studio new-yorkais de Jimmy Hendrix : « Elles sont essentiellement acoustiques, portées par des rythmiques subtiles mais groovy, un certain swing est présent sans être dominant, combiné aux violons, que j’avais en tête pour enrichir une base clavier-guitares-orgues… » Un bel atout supplémentaire et un nouveau tournant pour l’auteur compositeur-interprète, dont la carrière recense, parmi une pléthore de groupes, des collaborations de haut vol : dEUS, Aka Moon, ou Ghinzu, dont il fut le guitariste pendant deux ans avant de revenir, en 2006, à son identité musicale personnelle.

Dernier volet d’une trilogie remarquable, « Rose of Jericho » en est donc, par les contributions extérieures venues enrichir les compositions de son auteur, l’album le plus abouti. Ses textes n’y suivent pas de thématique spécifique, mais suivent un processus narratif tout empreint de poésie : « J’y parle de ce que je vois, ce que je vis… surtout d’amour et des mouvements qui composent ma vie, c’est plutôt personnel. »

« Golden Rain », premier single mis en avant, décrit comme « somptueux et intemporel », s’impose déjà dans les classiques du genre. On y ressent toute la profondeur émotionnelle et spirituelle de cet enfant du gospel et du blues, dont la voix aux formidables textures nous emmène en voyage dans des contrées solitaires, aussi intimistes qu’universelles.

Golden Rain

Pour qui connaît l’investissement de Kris Dane sur scène, touchant au mystique tant il semble habité par l’esprit de la musique, et après son passage à l’Ancienne Belgique le 17 octobre dernier, ses prochains concerts s’annoncent d’ores et déjà exceptionnels.

http://www.krisdane.com

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Kris Dane « Rose of Jericho », PIAS recordings & MBE

Trinh Xuan Thuan : « Nous sommes tous des poussières d’étoiles… »

Il a le sourire au coin des yeux et le regard qui pétille d’intelligence. Un reflet des étoiles qui brillent dans ses pupilles, à tant les plonger dans le cosmos ? L’astrophysicien vietnamien Trinh Xuan Thuan était de passage à Bruxelles pour nous présenter son nouveau livre « Le Cosmos et le Lotus ».

C’est le cours du destin, ou le fameux « chaos scientifique » du hasard qui orienté les pas de Trinh Xuan Thuan aux moments déterminants de sa vie. De son enfance au Viêtnam, en parallèle avec les événements historiques tragiques qui ont frappé son pays, à l’aventure américaine de l’apprentissage et de la recherche, Trinh Xuan Thuan nous raconte les événements marquants de son existence : la séparation du jeune étudiant avec sa famille lorsqu’il décroche une bourse à l’université de Virginie, l’enfermement de son père lors de la défaite du Sud, leurs retrouvailles miraculeuses et les moments clé de sa carrière passionnante. Un récit tout en sensibilité, où il nous décrit sa première extase cosmique : « L’expérience scientifique déterminante sur l’orientation de ma carrière s’est produite la nuit où j’ai découvert pour la première fois la lumière cosmique qui nous provient depuis des milliards et des milliards d’années, avant même que les atomes de mon corps n’aient été créés grâce aux poussières d’étoiles, cela a provoqué une grande émotion en moi. »

Au-delà de son parcours personnel, Trinh Xuan Thuan revisite l’évolution de la science occidentale et les mouvements philosophiques qui y sont liés. Brillant, curieux de tout, il nous initie, à travers la recherche scientifique, aux tentatives humaines sans cesse renouvelées de découvrir les lois fondamentales de l’univers et de la vie, et d’approcher le « Saint Graal », ou la réalité ultime. Profondément ancré dans la tradition bouddhiste, il établit les convergences entre science et spiritualité, celle-ci étant nécessaire à l’enrichissement de la connaissance. Car pour Trinh Xuan Thuan, les progrès de la science se doivent de s’accompagner d’une plus grande conscience et il nous invite à emprunter une voie d’intelligence ouverte : « Si nous avions tous conscience que notre origine est commune, que nous sommes tous issus des poussières d’étoiles, et que la création est basée sur l’interdépendance de ses composants, nous abolirions les frontières physiques et mentales qui nous séparent. Notre société nous bombarde de valeurs matérialistes et de besoins artificiels. Nous accordons trop d’importance aux choses au lieu de plonger notre regard à l’intérieur de nous-même. Mais avons-nous pour autant le bonheur ? Je reste persuadé qu’un véritable progrès passe par la connaissance et la spiritualité, qui en sont les clés. »

Trinh Xuan Than : « Le cosmos et le lotus », Albin Michel, 2011

« Mourir est un art, comme tout le reste »

Pour son premier roman, la critique littéraire Oriane Jeancourt Galignani revisite la dernière nuit de la poétesse américaine Sylvia Plath en tentant de percer les mystères de sa vie… et de sa mort. Un roman subtil et forcément poétique, où l’imaginaire et la plume de la première s’entrelacent à l’histoire et aux écrits de la seconde. Rencontre…

20130605-135928.jpg photo : Patricia Lecomte

Oriane Jeancourt Galignani, qu’est ce qui vous a motivée à tenter de sonder les ombres de cette vie s’échouant sur une fin aussi tragique ?

Je connaissais les romans Sylvia Plath mais j’ai découvert sa poésie il y a trois ans et j’ai été profondément interpellée par le recueil qu’elle a écrit la dernière année de sa vie, « Ariel ». Comment une femme célébrant autant l’existence dans son écriture avait-elle décidé de mettre fin à la sienne, alors qu’elle avait tout pour être heureuse ? C’est ce que j’ai essayé de comprendre à travers mes recherches et ensuite au cours de mon processus d’écriture. De manière plus large, certaines de ses obsessions correspondaient aux miennes et sont, à mon sens, universelles : l’angoisse, la mélancolie, et surtout, le spectre dominant de sa culpabilité, de ne pas être à la hauteur en tant que mère, et qui prend chez elle des proportions énormes. Sylvia Plath était d’une exigence obsessionnelle envers elle-même.

Qu’aviez-vous envie de partager avec vos lecteurs ?

La fascination d’un mouvement paradoxal de l’existence : on peut à la fois avoir une « vie de rêve » : jeunesse et beauté, talent et reconnaissance, un mari célèbre et deux beaux enfants, et pourtant, se laisser submerger par des pulsions morbides fatales. Je crois que tout un chacun peut se reconnaître dans la lutte de cette femme, mais surtout, je serais heureuse que mon roman donne envie de découvrir son héritage littéraire exceptionnel !

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Nathalie Kuborn

L’intelligence des plantes

« Savons-nous ce que serait une humanité qui ne connaîtrait pas la fleur ? » Maurice Maeterlinck

Les plantes sont–elles dotées d’une forme d’intelligence ? Métaphorique pour les uns, réel pour d’autres, le concept divise. Mais les dernières recherches en biologie moléculaire ont mis en lueur certaines aptitudes comportementales remarquables chez les végétaux. Et celles-ci ne peuvent que susciter un plus grand respect encore face à cette forme de vie sans laquelle la nôtre serait tout simplement inexistante… par Nathalie Kuborn

Depuis toujours, les humains observent le comportement des plantes. On retrouve déjà dans la mythologie grecque des nombreuses descriptions à ce sujet. Il sera remis en lueur par Charles Darwin qui annonçait notamment les prémices du phototropisme, ou la capacité qu’ont les plantes de réagir à la luminosité de leur environnement pour réaliser la photosynthèse. A priori incapables de se mouvoir, les plantes ont tout de même la faculté d’adapter leur courbure de manière à pouvoir recevoir cette lumière qui leur est essentielle. Les inflorescences de tournesol sont un exemple remarquable d’héliotropisme. C’est Chandra Bose (1858-1937) qui avança le premier l’hypothèse d’une forme d’intelligence chez les plantes, en démontrant l’importance de signaux électriques dans le mouvement des feuilles de mimosa en réponse au toucher.

Mais les scientifiques du XIXe n’ayant pas le « droit » d’ « anthropomorphiser » les plantes, malgré des similitudes évidentes, il aura fallu près d’un siècle pour que le concept d’intelligence végétale refasse surface, et de nouvelles découvertes importantes ont été faites. On a ainsi identifié des molécules similaires aux neurotransmetteurs d’animaux : la « systémine », un peptide transporté à travers l’organisme qui active une réponse après un contact avec un récepteur : lorsqu’une feuille est attaquée par un prédateur, la systémine se diffuse vers les organes qui se préparent. D’autres hormones, comme l’auxine, coordonnent remarquablement la réponse des organes aux stimuli externes. Au-delà de la cellule, les plantes sont également capables de communiquer entre elles pour signaler l’arrivée de prédateurs : une chenille mâchant une feuille libérera certains signaux qui alertent leurs voisines, dès lors en mesure de se protéger en produisant des molécules toxiques pour contrer ces prédateurs.

Alors, peut-on véritablement parler ici d’intelligence ? A la source du débat que le sujet suscite au sein de la communauté scientifique vient in prime la notion même d’intelligence. Quelle définition lui apposer ?

Si nous prenons celle proposée par le philosophe et psychologue néo-zélandais David Stenhouse : « l’intelligence est un comportement adaptatif qui varie au cours de la vie d’un individu », la réponse serait : oui ! Car au sein de cet univers végétal, qui paraît si paisible, se déroule en réalité une impitoyable bataille perpétuelle face à laquelle les plantes, ambitieuses, investissent la terre malgré leur immobilité apparente. Comme l’écrivait Maurice Maeterlinck : « S’il se rencontre des plantes et des fleurs maladroites ou malchanceuses, il n’en est point qui ne soient dénuées de sagesse et d’ingéniosité. Toutes s’évertuent à l’accomplissement de leur oeuvre ; toutes ont la magnifique ambition d’envahir et de conquérir la surface du globe en y multipliant à l’infini la forme d’existence qu’elles représentent. Pour atteindre ce but, elles ont, à raison de la loi qui les enchaîne au sol, à vaincre des difficultés bien plus grandes que celles qui s’opposent à la multiplication des animaux. Aussi, la plupart ont-elles recours à des ruses, à des combinaisons, à une machinerie, à des pièges, qui, sous le rapport de la mécanique, de la balistique, de l’aviation, de l’observation des insectes, par exemple, précédèrent souvent les inventions et les connaissances de l’homme. »

Question de sensibilité

De là à dire que les plantes ont une sensibilité comparable à la nôtre, il n’y a qu’un pas (sensible !) à franchir ? Osera t’-on ? Ceux qui s’y sont risqués se sont fait clouer au pilori par les scientifiques les plus rationnels, au mieux, taxés d’illuminés new age. C’est ce qui arriva à Cleve Backster, lorsque ce spécialiste du polygraphe eut l’étrange idée d’utiliser ce détecteur de mensonges, en 1966, pour tester le pouvoir émotionnel de la plante. En la menaçant de brûler une de ses feuilles, il voit l’appareil, qui lui est relié, s’affoler. De nombreuses expériences (dont le protocole est controversé), amèneront Backster à confirmer sa théorie sur l’émotion des plantes. Malgré des résultats plus étonnants les uns que les autres, les recherches de Backster sont toujours contestées par la majorité de la communauté scientifique (comme l’a été pendant très longtemps – et parfois même encore aujourd’hui… – l’idée que l’animal pourrait avoir une conscience, ressentir des émotions et être sensible à la douleur !).

Et que penser du « phénomène Don José Carmen Garcia Martinez » : cet agriculteur mexicain est connu dans le monde entier pour son travail avec les plantes, ses légumes géants, et ses rendements exceptionnels : des choux de 45 kgs, des pieds de maïs de 5 mètres de haut, des feuilles de blette de un mètre cinquante de long, 7 à 8 courges par pied (contre 1 à 2 habituellement) ou 110 tonnes d’oignons par hectare (contre 16 tonnes normalement)… ?

Pour Don José Carmen, c’est l’amour qui lui donne cette main verte ! Et c’est ainsi, par la communication affective qu’il établit mentalement avec elles et le savoir traditionnel aztèque, qu’il a obtenu des résultats miraculeux, sur une terre pourtant presque stérile : “J’ai commencé par m’asseoir auprès des plantes, je me suis mis à les observer. Puis je leur ai demandé de m’aider. Les plantes, comme tout ce qui vit, ont une forme d’intelligence qui leur permet de communiquer avec nous, il suffit de les écouter. Parfois, pendant la nuit, je sens que mes plantes ont soif, alors je marche jusqu’à mon champ, et je les arrose jusqu’à ce qu’elles soient satisfaites. C’est absurde d’appliquer à la lettre les conseils d’arrosage, car, comme les hommes, chaque plante est différente… » Chimistes, agronomes, techniciens et ingénieurs ont suivi le travail de cet homme et ses résultats étonnants. Des ingénieurs du Ministère de l’agriculture mexicain sont venus analyser l’eau, les légumes, les semences et surtout le terrain volcanique de l’agriculteur… Rien de particulier n’a été décelé. Et les champs voisins ne donnent que des plantes « normales ».  » Quand je suis allé concourir avec 153 ingénieurs de l’administration agricole à Mexico , je les ai battu de 2000% avec les choux. 110 tonnes à l’hectare : la vérification a été faite par leurs soins, ils n’ont même pas atteint 6 tonnes ! ». Don Carmen cultive sans pesticides et multiplie pourtant jusqu’à dix fois la production agricole ! Il utilise 700 grammes de fertilisants par hectare, au lieu des 500 kilos habituels dans l’agriculture intensive, il cultive sur terres salées, il crée de nouvelles plantes résistantes aux maladies, non transgéniques, etc… A travers son amour pour les plantes, à l’écoute de la nature en toute humilité, en respectant simplement ses lois comme le faisaient ses ancêtres précolombiens, l’homme réussit des prodiges et obtient des rendements extraordinaires… Pour Don Carmen, les plantes ont une forme d’intelligence : elles peuvent communiquer avec nous, et nous pouvons apprendre à les écouter, les respecter et les aimer…

A lire :

Goethe : « Métamorphoses »

Maurice Maeterlinck : « La vie de la nature »

Yvo Perez-Barreto, « L’homme qui parle aux plantes »

Jeremy Narby : « L’intelligence dans la nature »

Remerciements à Matthieu de Carbonnel, biologiste moléculaire, Université de Lausanne. Il travaille sur le phototropisme et à Syngenta, sur la réponse des plantes à l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère et à la sécheresse.

Flying Horseman : « Twist »

Obsessionnelles, lancinantes ou exaltées, les mélodies du groupe anversois  Flying Horseman prennent leurs racines dans un champ musical incroyablement diversifié. Leur nouvel album « Twist »  contient des références très éclectiques. D’une part, au roots américain, au country et à l’héritage de bluesmen aux styles très particuliers comme Blind Lemon Jefferson ou Mississipi John Hurts. De l’autre, et tout en passant par le classique, l’ethnique, le post folk, le blues noir ou le jazz,…  au british sound de Joy Division.  nathalie kuborn

Formé au jazz studio d’Anvers, Bert Dockx, le chanteur-guitariste-auteur-compositeur  de « Flying Horseman » a exploré le jazz sans limites avant de fonder son groupe, il y a quatre ans : « J’ai commencé seul, un peu en réaction à toutes ces années consacrées exclusivement au jazz, à l’impro libre et au jazz expérimental. Je n’avais jamais osé aborder l’écriture de textes et le chant. Finalement, le  processus a été très spontané. En seulement deux mois, j’ai  écrit une dizaine de chansons, sans vraiment oser les confronter au public. Puis j’ai rencontré Loesje Maieu qui a formé les chœurs du groupe avec sa sœur Martha. Loesje m’a encouragé à monter sur scène… »

Il a le feu sacré. Ses compositions sont portées par une voix complètement investie, déterminée, prédicatrice. Ses textes, sombres de prime abord, convoquent toutes les forces de vie dans une respiration quasi-mystique. Les choeurs envoûtants des sœurs Maieu, les deux sirènes homériques des Blackie and the Oohoos, renforcent le climat onirique des chansons. L’univers étrange de David Lynch n’est jamais loin.

Twist

Produit par Koen Gisen, « Twist » nous livre le regard critique de son auteur sur notre société et les impressions qu’elle génère en lui : « Thématiquement, deux pôles se dégagent dans nos chansons. D’une part, j’y exprime des émotions très intimes pour lesquelles j’essaye de trouver les mots. De l’autre, un regard social est posé. Nos chansons nous font passer  d’un pôle à l’autre. » La musique y est intense, très visuelle : «  Le film « The last wave », de Peter Weir a eu pas mal d’influence sur l’écriture de l’album.  C’est un thriller écologique apocalyptique, très mystique et… très angoissant. ».

Une musique authentique 

Tout au long des douze incantations qui composent l’album, les six musiciens nous entraînent dans rituel tribal aux accents parfois gothiques du rock noir et aux dimensions spirituelles bien ancrées dans le blues. La réalité y est implacable. Elle ne permet ni salut, ni rédemption : l’espoir est un leurre car tout finit par se consumer. L’angoisse à son paroxysme, le « « Flying Horseman » se fait Messager d’Apocalypse et brûle le feu de sa révolte : « L’idée fondatrice de notre musique est d’interpeller tant les émotions que les pensées et les instincts les plus profonds… De renvoyer l’auditeur à sa vérité, même si elle n’est pas toujours agréable à voir ou qu’elle ne trouve pas sa place dans notre société. Nous ne sommes  pas là pour créer une ambiance festive ou confortable.  On essaye de faire quelque chose qui sort du cadre imposé, d’aller au-delà des images produites par la dictature de l’industrie, d’en dépasser les illusions pour nous réapproprier certaines questions fondamentales de l’existence. Nous sommes bien plus libres que la société ne nous veut nous le fait croire, il y a tout un potentiel en chacun de nous. Quand je joue, j’ai l’impression de rentrer en contact avec une partie de moi  que la société réprime et de toucher à l’essence même de la vie, à sa dimension spirituelle… Et j’espère qu’en live, notre musique peut atteindre cette dimension chez l’autre… »

Twist – Unday Records UPC

Bookings : www.bestov.be

Facebook : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.424153581541.216180.576061541&type=1#!/flyinghorseman

Pour écouter l’album : soundcloud.com/undayrecords/sets/flying-horseman-twist/buy

A la lisière de l’espace… : « big jump » !

Le compte à rebours a commencé… le ballon qui emmène le champion de base jump Felix Baumgartner à la limite de la stratosphère a entamé son ascension. Le défi de cette mission particulière menée tambour battant par l’équipe de Red Bull Stratos : permettre à Baumgartner de devenir le premier homme dépassant la vitesse du son en chute libre. Un record précédemment attribué (et contesté), à celui qui l’a précédé en 1960, le capitaine Joseph Kittinger, lors d’une quadruple performance simultanée : la plus haute ascension en ballon, le saut en parachute le plus haut, la plus longue chute libre et la plus grande vitesse atteinte par un être humain dans l’atmosphère.

Flash back…
Il a le courage de l’explorateur, l’intrépidité de l’aventurier et l’étoffe des héros. Le capitaine Joseph Kittinger a fait de la bravoure et du volontariat un art de vivre. Quand le commun des mortels rechigne face à la peur, lui s’y confronte, la nargue et la vainc. Ainsi est faite la vie de Joseph Kittinger qui, de la recherche spatiale à la guerre du Vietnam, n’a jamais fait l’économie d’une audace : « Toutes les bonnes choses de ma vie me viennent du volontariat ». Aussi, il se portera notamment volontaire pour le projet Excelsior qui, à sa troisième édition, le 16 août 1960, lui confèrera les records cités plus haut. Kittinger y a accompli un saut de 13 minutes et 45 secondes à partir de 31.300 mètres d’altitude, dont 4,5 minutes de saut libre. Malgré les avancées technologiques considérables de la recherche ces dernières décennies, 52 ans plus tard, ce saut n’a jamais été égalé. Par sa manière d’aborder la vie, Kittinger nous inspire à vaincre nos peurs et à dépasser nos limites.

La relève
Parachutiste et base jumper autrichien, Felix Baumgartner est né le 20 avril 1969. Tête brûlée, il est réputé pour ses sauts particulièrement audacieux. Ainsi, dans la longue liste de ses records, il fut notamment, la première personne à traverser la Manche en chute libre en utilisant une aile en fibre de carbone fabriquée spécialement pour cet événement et il a établi le record du monde de base jump le plus bas jamais effectué, en sautant de la main du Christ Rédempteur de Rio de Janeiro au Brésil. Le saut hors-normes qu’il s’apprête à effectuer, il le prépare depuis plusieurs années. Initialement prévu pour le 9 octobre, il a été reporté à aujourd’hui pour des raisons climatiques, à la grande déception de Felix Baumgartner qui éprouve ainsi les mêmes frustrations que son prédécesseur 52 ans plus tôt, en pareilles circonstances. Aujourd’hui, il devrait atteindre l’altitude de près 37000 mètres et franchir au cours de son saut la vitesse du son.

Ce projet vise à notamment à expérimenter l’impact de l’atmosphère sur le corps humain, et ceci, dans le cadre du développement du tourisme spatial – plus spécifiquement, le développement des combinaisons spatiales pressurisées.

Baumgartner, encadré par son équipe et soutenu par Kittinger, accomplira-t-il sa mission ? Réponse d’ici quelques heures….

Augustin Dumay – Abdel Rahman El Bacha : regards croisés

Abdel Rahman El Bacha et Augustin Dumay nous présenteront leur troisième volet consacré aux sonates de Beethoven au Palais des Beaux-Arts ce mercredi 28 mars.

Ils se sont unis pour interpréter l’intégrale des Sonates pour Violon et Piano. Une rencontre en trois temps : trois soirées exceptionnelles, trois volets d’un triptyque au cours desquels ces deux personnalités de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth nous ont déjà livré un dialogue beethovenien tout en contrastes.

Les sonates
Augustin Dumay : ces sonates nous emmènent en voyage… Elles nous invitent à une ascèse, une consécration spirituelle. Elles nous permettent de faire le point sur l’évolution musicale de Beethoven, ou la nôtre, et expriment aussi inévitablement une prise de position. Leur auteur nous offre une merveilleuse occasion de développer des thèmes essentiels, dans une relation entre la musique et la spiritualité. Elles ont été écrites dans un langage universel, ce qui les rend si difficiles et exigeantes à interpréter, car il faut pouvoir s’adresser à l’humanité tout entière sur un ton juste. Bach parle à Dieu. Schubert s’adresse à l’intimité de chacun d’entre nous. Mozart a développé tout un dialogue social opératique. Beethoven touche la part spirituelle de notre humanité. Pour les interprètes, il y a là un véritable défi à relever : être capable d’évoquer l’humain, ses nuances et ses oppositions, sans devenir sentimental. Il nous faut trouver des solutions qui soient justes et perceptibles pour la société humaine en général, dans une approche qui requiert paradoxalement une très grande proximité et une très grande distance.

Abdel Rahman El Bacha : On sent dans cette œuvre une réponse à la grande solitude de son auteur et l’expression du sentiment d’amitié dont il a été privé dans sa vie. L’esprit de répartition des éléments de composition est des plus équitables : pas une phrase confiée au violon qui ne soit reprise au piano et vice-versa. L’écoute et le dialogue ont une valeur démocratique évidente, car Beethoven instaure ce dialogue dans un rapport d’égal à égal entre deux personnes qui se respectent et s’apprécient. Deux personnalités très différentes se rencontrent dans une même pulsation, un même tempo, tout en nuances. Pas de confrontation musicale, donc, ni de suprématie, mais bien des énergies complémentaires et un sens du défi tout Beethovenien.

Beethoven
Augustin Dumay : Il y a deux dimensions importantes chez Beethoven : l’architecture et une forme de distance ou de lucidité par rapport au monde. Comment être philosophe sans distance ? Ce qui pourrait arriver de pire à Beethoven serait d’être joué de manière romantique ou sentimentale. C’était un homme très solitaire qui avait des rapports difficiles aux autres. Sa relation à l’amour a été tragique. Solitude et exigence s’y dressent en conditions existentielles prédominantes. Le conflit est permanent dans son œuvre. Certains moments, plus terriens, moins dramatiques, peuvent exprimer l’insouciance. Ils évoquent le pouvoir réconfortant de la nature, qui nous tend la main et nous aide à faire face à notre destin.

Abdel Rahman el Bacha : Pour moi, Bach, Mozart, Beethoven et Chopin sont quatre compositeurs que je considère comme summum de la musique. Dès mon plus jeune âge, j’ai senti qu’il y avait quelque chose d’accompli, de parfait dans leurs écritures et j’ai été enclin à y exploiter toutes mes capacités. Chez Bach et Mozart, le style est plus impersonnel, on ne saisit pas vraiment l’être humain derrière l’œuvre tandis que chez Beethoven et Chopin, on peut percevoir l’âme du compositeur dans tout ce qu’elle avait de personnel, original, philosophique et émotionnel.

La musique classique
Augustin Dumay : La question à nous poser aujourd’hui est : comment faire pour que la musique classique ait toujours sa place dans nos vies ? Les évolutions technologiques, la rupture de la transmission, à travers laquelle l’héritage classique perdure… font qu’il ne suffit plus aux salles de concert d’attendre leur public. Nous devons porter la musique vers les gens. Autrefois, la musique faisait partie de la culture familiale. On peut effectivement constater une baisse du niveau de culture en général, mais la musique n’est pas que de la culture, elle est essentiellement l’expression de la vie. Et donc du plaisir, du bonheur, l’impatience, la peine,… toutes les émotions. Notre rôle à nous, ses transmetteurs, est de la porter dans la rue, dans les écoles, pour faire découvrir au public toute sa richesse et toute sa raison d’être aujourd’hui.

Abdel Rahman El Bacha : Rencontrer des mélomanes qui savent vraiment écouter la musique avec leur cœur, tout en finesse, cela m’apporte beaucoup dans ce métier qui est difficile car il est exigeant. Certains jours, on peut ne pas se sentir en forme mais on n’a pas le droit à l’à peu près, ni à l’erreur, il nous faut toujours viser l’excellence. Seule l’excellence peut donner un avenir à la musique classique. Pour moi, l’excellence combine la fidélité envers l’œuvre et la capacité de la rendre vivante. Tant la musique du passé que la musique contemporaine : ces musiques doivent vivre. Notre responsabilité, en tant que musiciens reconnus, est de transmettre l’ héritage classique au mieux de nos capacités. Si cette musique a traversé les siècles et les frontières, c’est parce qu’elle a une vraie valeur. Elle donne un sens à notre vie, elle nous aide à vivre. Mais nous devons la respecter telle qu’elle est, dans son exigence, sa sensibilité, son émotion. Cette musique évoque notre histoire, nos aspirations, nos révoltes,… elle me paraît toujours aussi essentielle et universelle.

Mercredi 28.03.2012 20:00
Augustin Dumay, violon
Abdel Rahman El Bacha, piano
 
Ludwig van Beethoven – Sonate pour violon et piano n° 1, op. 12/1, Sonate pour violon et piano n° 2, op. 12/2, Sonate pour violon et piano n° 3, op. 12/3, Sonate pour violon et piano n° 9, op. 47, « Kreutzer »
 
Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf