Perles du Nord

Nombreux sont les artistes belges de renommée internationale ayant célébré la côte nord avec amour et poésie. A l’écart des hot spots prisés de Knokke l’estivale, trois petits villages côtiers de la Flandre-Occidentale offrent au visiteur toute la beauté de la lumière du Nord, la splendeur brute d’une nature soigneusement préservée et le calme intimiste et feutré de lieux d’exception qui savent dévoiler leurs trésors en toute discrétion : La Panne, Furnes et Saint Idesbald, trois perles pour connaisseurs. Par Nathalie Kuborn

Évasion dunaire

Pour commencer notre escapade, un bon bol d’iode s’impose. Cap sur la Panne, une petite ville côtière située à l’extrême de la côte ouest. Son nom –  tiré de « pane » : petite vallée dans les dunes –  prend toute sa signification à la découverte des paysages qui la composent. Considérées comme un summum de la côte nord, les dunes de la Panne se conjuguent à travers différentes réserves qui, ensemble, forment le plus grand massif dunaire de notre littoral : la réserve naturelle du Westhoek (340 ha), le parc Communal du Oosthoek (61 ha), le Calmeynbos (45 ha) et le Domaine de Cabourg (100 ha). Différentes promenades nous emmènent paisiblement à travers ces biotopes fragiles, mais extrêmement riches, dont nombre de variétés poussant dans le sol sablonneux captent le regard du promeneur attentif. Créée en 1957 , la Réserve du Westhoek englobe plusieurs lignes de dunes séparées de la mer par une bande de mousse, de thym et de roses des sables. Spécifiques à la région : la buglosse ou la claytonie perfoliée, que l’on peut admirer au printemps. On rencontre ici plusieurs types de dunes : les avant dunes, l’interdune du nord, la dune mouvante centrale et l’interdune du sud, dont les différentes natures de sol constituent le berceau d’une nature très riche – alternance d’épaisses broussailles avec les crêtes sablonneuses dénudées, de prairies et de zones boisées, ornées de fleurs typiques, mais également d’espèces plus rares et de grande valeur : gentianes élancées, différentes espèces d’orchidées….  Les oiseaux des dunes peuvent également y être admirés : la grive litorne, l’alouette huppée ou le traquet pâtre n’en sont que quelques exemples représentatifs. Mais les surprises du Westhoek ne s’arrêtent pas là : au cœur de la réserve s’étend une dune exceptionnelle de 400 mètres de largeur, le « Sahara », qui résume tous les stades de la formation d’une dune et, comme son nom l’indique, rend toute l’atmosphère d’un désert africain. Également riche d’un intérêt archéologique, on y retrouve des vestiges d’habitats datant de l’âge de fer jusqu’au haut Moyen Age. Autre particularité historique de la Panne : le char à voile, qui y fut inventé et dont les concours se poursuivent traditionnellement d’année en année, à la période estivale. Et pour la grande histoire, contrairement à la légende parfaitement apocryphe qui prétend que Léopold 1er avait foulé son nouveau pays après avoir été hissé sur les épaules d’un pêcheur de crevettes, c’est bien après avoir été déposé par le yacht royal britannique Crusader à Calais que le premier Roi des Belges faisait son entrée à La Panne, le 17 juillet 1831.

Furnes : la petite Bruges

Considérée comme l’une des villes d’art les plus riches de Flandre, Furnes, à point surnommée « la petite Bruges », ou encore « la ville des Pénitents » enchante ses visiteurs à travers les époques. On retiendra les impressions de Victor Hugo, qui écrivait : « La place de Furnes ne doit envier en rien la place Royale », ou celles de Rilke, dont le séjour à Furnes en 1906 inspirera deux poèmes et un essai sur le thème de la Procession des Pénitents (« Furnes »). Le peintre culte Paul Delvaux y finira paisiblement sa vie, dans une maison bourgeoise à quelques pas de la Grand Place, et dont la vue sur le parc communal (qui lui rend hommage) lui faisait y profiter de l’une des plus belles sculptures de son ami Georges Grard : Femme regardant le soleil. Ces marques d’intérêt, Furnes ne les doit qu’à sa seule beauté et à la richesse de son passé. Point de départ et cœur de la ville, la Grand Place combine avec élégance et harmonie les différents styles qui ont imprégné son histoire… de la Renaissance flamande de l’Hotel de ville, édifié principalement en brique jaune typique de Furnes, au style gothique de l’église Saint-Nicolas – dans la tour de laquelle est suspendue l’une des plus anciennes cloches de Flandre –  ou celui du beffroi, parsemés de retouches espagnoles datant de la prospérité sous le règne des archiducs Albert et Isabelle, au XVIIe siècle. C’est également à cette époque que fut construit le château de Beauvoorde, un manoir style Renaissance, bâti sur les fondations d’un château médiéval n’ayant pas survécu aux troubles du XVIe siècle. Sauvé de la démolition et restauré en 1875 par l’Yprois Arthur  Merghelynck, il présente une belle collection de buffets d’époque et d’autres antiquités. Espagnole, c’est encore l’origine de la procession des pénitents, le « chemin de croix furnois » introduit en 1626 par Jacob Clou, un moine de l’abbaye de St Nicolas. En pratique ? Dix-huit stations jalonnent un parcours équivalent au cheminement du Christ à Jérusalem, entre l’Oliveraie et le calvaire. Des pénitents grimés, bénévoles pieux ou comédiens, rythment la procession, les plus chevronnés portant une croix avoisinant parfois les 40kgs sur leurs maigres épaules ! Initiée chaque année par la confrérie « Solidateit », fondée par Clou en 1637, et bien qu’attirant la curiosité touristique, la Procession des Pénitents est  surtout vécue comme un acte de foi faisant fi de l’image folklorique qu’elle renvoie, et se déroule chaque dernier dimanche de juillet. À ceux dont les vœux pieux ne détournent pas l’appétit terrestre des plaisirs de la table, Furnes fait enfin honneur à sa réputation de paradis gastronomique : le « potjesvlees » (lapin, poulet et veau en gelée), son jambon fumé en rôti des polders, son boudin blanc de porc et de veau, ou ses célèbres bablutes (une friandise à base de sirop), n’en étant que quelques gourmands exemples. Les curieux pourront encore se délecter de la visite du Musée de la Boulangerie, abrité dans une ancienne ferme du XVIIIe et regroupant différents éléments liés au pain : reconstitution d’une boulangerie d’époque, jardin didactique où poussent des graines utilisées pour la fabrication du pain, collection de patacons… Non, décidément, Furnes ne manque pas d’intérêts !

Pour poursuivre dans l’esprit gustatif, avant d’arriver à Saint Idesbald, un petit détour par Coxyde-Oostduinkerke s’impose. Renommée comme étant le seul endroit au monde qui en perpétue fidèlement la tradition, c’est en effet sur cette partie du littoral que l’on peut apprécier, à partir d’avril, les pêcheurs de crevettes à cheval. Spectacle d’une autre époque, c’est l’occasion de savourer les crevettes grises les plus fraîches, directement cuites et distribuées après la pêche.  Pistolets (petits pains blancs) – crevettes, tomates ou croquettes aux crevettes, stoemp (purée de légumes et de pommes de terres) aux crevettes…. Les nombreuses traditions culinaires locales pour mettre en scène ces délices du palais ne manquent pas de saveur !

L’odyssée d’un rêve

Ce qui frappe d’emblée à Saint-Idesbald, c’est le calme et la simplicité des lieux. De belles et spacieuses villas s’y côtoient  paisiblement. Les rues larges et bordées d’arbres invitent aux balades à vélo. Depuis les années trente, l’art de vivre à Saint-Idesbald a séduit de nombreux artistes en quête d’un endroit capable de leur procurer tant l’inspiration que la tranquillité nécessaires à la création. Paul Delvaux ou Georges Grard sont deux figures majeures de l’art belge qui succombèrent à la spécificité de la lumière du Nord. D’autres artistes, dont Pierre Caille, empruntèrent leurs pas vers la côte, c’est ainsi que le courant artistique qui émergea de cette émulsion  fut ensuite appelé « l’école Saint-Idesbald » : des artistes isolés, travaillant chacun dans leur coin, très souvent dans une maison de pêcheur, mais mués par cette même passion pour la lumière du Nord. Chez  Paul Delvaux, le lien qui le rattachait à cette Flandre dunaire prit tour à tour des dimensions différentes. C’est, in prime, par coup de cœur,  alors résident à Bruxelles chez des amis, qu’il fit construire sa première maison dans les dunes de Saint-Idesblad. Lui qui se définissait avant tout comme un naturaliste (« je ne déforme pas la nature et je ne le veux pas »), aimait à passer des heures à capter du bout de ses pinceaux cette lumière qu’il affectionnait tant. Des années plus tard, il devait retrouver, par hasard, dans la librairie du village, son amour de jeunesse : Anne-Marie de Maertelaer, connue sous le surnom « Tam ».  Le couple se marie en 1949 et passe le plus clair de son temps à la côté dès 1969. Aujourd’hui, et depuis 1982, la fondation Delvaux accueille dans son musée les contemplateurs du peintre. Étroitement lié à la conception des lieux jusqu’à son décès, en 1994, Paul Delvaux y a laissé parmi ses toiles majeures, retraçant les grandes époques de son existence, de son parcours d’artiste, et mises en valeur par ce musée-écrin conçu dans l’esprit particulier de l’œuvre du Maître.

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