Chimay, ville des Princes

Située dans la botte du Hainaut, la région de Chimay offre au visiteur avide de savoureuses trouvailles plus d’une surprise, dépassant largement les aspects gustatifs que dispensent ses productions du terroir, dont la célèbre bière trappiste grâce à laquelle Chimay bénéficie d’un rayonnement international. Riche en histoire, environnée d’une nature variée, la ville de Chimay est sans aucun doute une destination incontournable pour tout promeneur à la découverte de notre beau pays… nathalie kuborn

Pour démarrer notre escapade, cap sur la grand-place de Chimay, sur laquelle s’érige la porte Triomphale, datant du début du XVIIè et dispensant l’accès à l’allée d’entrée du château millénaire, propriété depuis plusieurs générations de la famille des Princes de Chimay. Fait pour le moins exceptionnel, c’est la Princesse Elisabeth de Chimay, férue d’histoire et entièrement dévouée à sa demeure, qui nous accueille en personne pour nous promener une heure durant à travers le passé fascinant des lieux. Avec humour et passion, elle entremêle, intarissable, les petites et la grande histoire. Nous démarrons la visite dans la chapelle, autrefois tribunal sans merci dans lequel fut mené le fameux procès des sorcières. Elle fut aménagée par les soins de notre hôte, qui s’installa en 1947 avec son époux dans un château en ruines, dévasté par de nombreux incendies et achevé par les ravages de la seconde guerre mondiale. Cette petite chapelle, telle une caverne d’Ali Baba, recèle quelques anecdotes et trouvailles amusantes. Nous retiendrons surtout, en vrac, un autel portatif usité par les prêtres réfractaires pendant la révolution, une bannière représentant le collier de l’ordre de St Michel, le buste de Notre Dame de St Michel (retrouvée dans le parc), un buste tout blanc du pape Pie IX, dont les deux parties rafistolées (le buste et la tête), furent retrouvées, l’une par des ouvriers sous un pavement, l’autre, dans la citerne ! Mais le point d’orgue de la visite de la chapelle est sans aucun doute l’histoire étonnante du passage du Saint-Suaire par Chimay, en 1449, et dont il ne reste pour toute trace qu’une copie du célèbre « portrait-négatif » du visage présumé de Jésus. Au grand damne de la Princesse, ce fut à l’époque l’Evêque de Liège (elle ne le porte certes pas dans son cœur !), dubitatif, qui remballa le précieux linge vers d’autres aventures. Et la princesse d’imaginer, encore un instant, les centaines de visiteurs faisant la file dans la cour de son château si, à l’instar du Saint-Suaire de Turin, on parlait encore aujourd’hui du Saint-Suaire de Chimay ! Nous quittons la chapelle pour fouler un instant le sol de la salle des soldats. Original, il faut l’avouer, celui-ci est composé de pas moins de 45000 ardoises juxtaposées verticalement. C’est ici que la Princesse nous explique, non sans émotion, que sa demeure fut, au cours de certaines époques perturbées de son histoire, un abri sans faille pour les habitants de la région, grâce à son réseau important de souterrains, construit en toile d’araignée. « Un refuge salutaire pour les gens du pays, voilà la vocation d’un château », aime t’elle à rappeler. La salle des portraits illustre quant à elle l’histoire de la famille des Princes. Un hommage particulièrement appuyé y est rendu à l’ex-Madame Tallien, devenue Princesse de Chimay, dont la réputation sulfureuse a tendance à faire oublier qu’elle sauva un nombre importants de condamnés sous la Terreur et qu’elle fut également une figure brillante de son époque, ouverte aux idées nouvelles et passionnée de musique. Passion qui poussa son fils à initier le superbe petit théâtre en son hommage, par lequel nous concluons la visite des lieux. Considéré comme une réplique miniature de celui de Louis XV à Fontainbleau, il fut construit en 1863 par Le Fuel et Cambon. Un écrin de toute beauté, qui accueillit des artistes aussi prestigieux que Liszt, Cherubini, Malibran, Gounot, Oistrakh, Rostropovich, Grumiaux, Yepes, Lagoya… pour ne citer qu’eux !

La ville qui, fait remarquable, a conservé sa structure moyenâgeuse, recèle certes d’autres vestiges considérables. Une promenade vous y fera notamment découvrir, pêle-mêle : la fontaine aux princes, un monument néo-gothique surmonté d’une statuette allégorique figurant la ville de Chimay, la collégiale Saints-Pierre et Paul, qui renferme le mausolée en marbre noir du premier prince de Chimay, Charles de Croy (décédé en 1527), ou le vieux lavoir datant de 1622, qui rappelle la légende des 7 sauts –  ou comment les lavandières de la ville assommèrent un à un sept soldats ennemis introduits par le dalot d’évacuation des eaux du lavoir…

Bain de nature

Avant de regagner le haut lieu spirituel qu’est l’Abbaye de Scroumont, où se brasse la célèbre bière de Chimay, une pause nature s’impose au domaine de Virelles. D’une simple cuvette marécageuse d’origine, son étang « semi-naturel » de quatre-ving hectares d’eau libre est devenu l’un des plus vastes plans d’eau de Wallonie. Malmené par une fréquentation touristique importante durant les années quatre-vingt, le biotope riche et fragile qui compose l’ensemble est aujourd’hui protégé et doté, depuis 2004 d’un Aquascope. Le défi de ce pari ambitieux : allier tourisme et protection de l’environnement. En pratique ? Un centre nature établi sur les berges rénovées de l’étang nous emmène à travers un voyage interactif pour s’immerger dans le monde aquatique. Des expositions temporaires y sont organisées tout au long de l’année. Le parcours extérieur comprend des postes clé d’observation et des miradors équipés d’une longue vue pour l’observation des oiseaux, des sentiers découverte du milieu aquatique, une dimension didactique autour du développement durable ou une passerelle dans les arbres qui offrent un autre regard sur le monde forestier. A chaque transformation des saisons, la magie se renouvelle. Ainsi cet automne, saison par excellence où la nature, dans un dernier élan de générosité, se pare de mille feux, il sera possible d’y découvrir, parmi un florilège de variétés de champignons : des petits castors, des écureuils affairés à la collecte de leurs provisions hivernales, des sangliers en rut, des canards colvert bien sûr, ou encore, parmi les différentes espèces d’oiseaux : hérons cendrés, cormorans, passereaux, mésanges, pies, geais, le goéland leucophée , la harle bièvre ou encore l’élégante grande aigrette… un seul mot d’ordre : garder l’œil ouvert !

L’Abbaye de Scourmont

Aucun silence ne pourrait décrire le calme infini qui règne dans l’Abbaye de Scourmont. Et lorsque celui-ci est transgressé, c’est par le charme d’une symphonie de Tchaikovsky, allègrement sifflée par frère Edouard en charge d’accueillir les visiteurs. Une jovialité propre au dévoué moine, qui contraste avec la sobriété des lieux. Abbaye de l’Ordre cistercien de la plus stricte observance, sa construction – une œuvre de moines cisterciens-trappistes- date de la seconde partie du XIXè siècle. L’abbatiale est remarquable par son dépouillement. Ici, pas de vitraux rutilants, pas de bibelots à profusion, tout au plus on notera de petites illustrations tricolores de certains épisodes de la bible, signées Fieullien. De style néo-gothique, elle se distingue également par une nef claire et sobre. De l’ensemble se dégage une impression de sérénité qui invite au recueillement. Aujourd’hui, l’abbaye compte environ 18 moines qui ne s’occupent plus, comme auparavant, de la production de la bière et du fromage de Chimay, produits dans les lieux. En effet, ceux-ci sont tout affairés à l’accueil des visiteurs d’un jour ou en retraite spirituelle, la gestion d’une bibliothèque comprenant pas moins 100.000 ouvrages (de quoi occuper frère Edouard, également relieur attitré de l’abbaye, quelques vies durant !), l’édition d’une revue internationale d’histoire et de spiritualité cistercienne, les Collectanea Cisterciensia ainsi que des Cahiers Scourmontois. Certains moines sont également engagés dans le dialogue inter-monastique, en particulier avec des moines de tradition orientale bouddhiste et tibétaine.

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