Kate Moss : icône rebelle

Adulée par les uns, agaçante pour les autres, et décryptée à la loupe, Kate Moss laisse rarement indifférent. Tant est si bien qu’après plus de vingt ans de carrière, on peut parler d’un véritable phénomène.  Et pour cause : à 37 ans, la brindille s’affiche toujours au top. Une longévité hors normes dans un milieu plus enclin aux feux de paille. Féline, mystérieuse et paradoxale, la reine des catwalks cultive l’art de rebondir avec un sens inné du style… et du marketing.  Nathalie Kuborn

Flash back : ses débuts ressemblent à s’y méprendre à un conte de fées. Découverte à 14 ans par Sarah Doukas, de l’agence Storm, alors qu’elle attendait (sagement ?) avec son père leur envol pour Londres au retour des Bahamas, elle s’affichera d’emblée dans les magazines UK. Elle défile à 15 ans pour Galliano, est choisie comme égérie par Calvin Klein sous l’objectif de Mario Testino à 18,… Il n’en faut pas plus pour que sa carrière explose. Diabolisée à plusieurs reprises pour sa maigreur, notamment par les Chiennes de Garde, voire carrément taxée d’anorexique, elle révolutionne les critères alors en vogue en se démarquant dans un paysage de référence où les courbes ont la cote : Cindy Crawford, Claudia Schiffer, Laetitia Casta… L’image de la femme prend des contours inattendus. Exit les formes sensuelles et ultra glamour, place à la filiformitude et au « Waif look », ou l’air de la petite fille perdue… qui sait parfaitement comment tracer son chemin. Bien plus qu’une révélation, le milieu de la mode estimera ensuite qu’il y a eu un « avant » et un « après » Kate Moss. Elle devient l’icône d’une époque en pleine mutation.

Surfant sur la vague grunge en vogue, le top affiche un style bien à elle, rebelle et so rock’n roll. Emblème de la « coolitude », chic et bohème, Kate est toujours classe… Sa capacité de coordonner les looks les plus improbables fait systématiquement mouche là où tant d’autres se prennent des râteaux. A tel point qu’elle fut consacrée « femme la mieux habillée de la planète » par le magazine Glamour en 2005.

La même année sera aussi marquée par le déshonneur.  Dans un monde qui a la fâcheuse tendance à brûler ce qu’il a autrefois encensé, Kate passe au collimateur. Un vent de tempête va souffler sur la brindille. Le tabloïd anglais Daily Mirror publie une photo qui provoque le scandale : elle est prise le nez dans la poudre avec son boyfriend du moment, le drôle d’oiseau Pete Doherty, leader des Babyshambles, peu connu pour faire dans la dentelle. C’est le « Cocaïne Kate ». Les passions se déchaînent. Burberry, Chanel et H&M rompent leurs contrats, la moralité s’affole. On s’imagine un instant que le glas a sonné pour sa carrière. Que Nenni ! Soutenue par des personnalités influentes comme Marianne Faithfull, Sofia Coppola, Liv Tyler, Alexander Mc Queen, Johnny Depp ou John Galliano, la féline rebondit presque instantanément. Loin de se laisser déstabiliser, du moins en apparence, elle s’abstient d’aller pleurnicher ici et là, comme d’autres l’auraient fait dans des circonstances similaires. On soupçonne un caractère fort, ou la personnification même du « Never explain, never complain » très british. Elle présente ses excuses (à contrecoeur, selon certains), preste sa rédemption dans un centre de désintoxication et relance sa carrière de plus belle. Déjà peu loquace dans les médias, le « cocaïne Kate » la confine dans un mutisme résolument stratégique. Psychologiquement indécryptable, la rebelle barricade son intimité et peaufine son mythe. Pour une fille aux allures d’écorchée vive qui semble défier les convenances et se jouer des provocations tout en s’inscrivant parfaitement dans le système, on peut parler d’une performance.

De fait, celle qui a déclaré un jour « Plus je m’expose, plus je deviens invisible » cultive l’art de se dérober. On connaîtra donc la liste de ses amants, souvent terribles, celle de ses amis proches ou le visage de sa fille, Lila Grace, qu’elle a eue en 2002 avec Jefferson Hack, le rédacteur en chef du magazine « Dazed and confused », mais sur sa personnalité, quasi rien. Ange ou démon, fille fragile ou femme d’affaires redoutable ? La vérité se situe peut-être au cœur de ses contradictions et tous les fantasmes sont permis. Luxe ultime, la multimillionnaire affiche la désinvolture de celle qui assure sans avoir l’air d’y toucher.

Alors, c’est quoi, le « secret Kate Moss » ? Une photogénie exceptionnelle, d’abord. Un sens inné du style, aussi. Ajoutez à cela un professionnalisme sans faille et une approche marketing qui démentirait toute insinuation que Miss Moss a un pois chiche à la place du cerveau. Ambitieuse, elle gère son business avec une détermination apparemment inébranlable. Qu’elle passe une grande partie de ses nuits à faire la fête, saccage une chambre d’hôtel sur un coup de gueule avec son boyfriend de l’époque, Johnny Depp, picole à tout va et fume clope sur clope,… quand shooting il y a, Kate a décidé d’être la meilleure. Dont acte. Johnny Depp a dit d’elle que « Kate est l’humain qui se rapproche le plus du chat ». Ou l’art de retomber toujours sur ses pattes.

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