Nedda El-Asmar : la poésie du quotidien

Si l’art de l’orfèvre a une malheureuse tendance à disparaître, c’est une artiste belge, Nedda El-Asmar, qui lui insuffle une toute nouvelle jeunesse. Cette créatrice hors pair réinvente le quotidien avec fraîcheur et poésie… par Nathalie Kuborn

Natural born designer

En 1993, à la fin de ses études, l’élève fraîchement diplômée du Royal College of Art de Londres se choisit un maître. Son porte-folio sous le bras, elle frappe à la porte de la célèbre maison de Jean Puiforcat. Quoi de plus évident pour Nedda, puisque c’était son premier choix ! D’emblée, la collaboration entre la maison Puiforcat, orfèvre de prestige, et Nedda El-Asmar, l’étoile montante, s’impose comme une évidence. Le succès est au rendez-vous. Du maître, elle aime l’exploration constante et sans tabous des mariages audacieux. Elle, par sa fraîcheur et sa sensibilité, insuffle un renouveau aux œuvres de la maison. Ensemble, ils réinventent l’orfèvrerie traditionnelle et l’art de la table. À travers le contact affectif de ses mains et son amour pour les matières et les formes, Nedda imprime dans ses objets les histoires nées de son imagination, au gré de sa fantaisie, de ses associations d’idées. Sa sensibilité toute particulière s’exprime par la finesse de ses volumes, ses lignes claires, pures, et ses courbes délicates. Sa poésie est teintée d’humour : Nedda semble légère tout en profondeur.

De la matière à l’objet

« C’est le plaisir que me procure le travail des mains, le contact avec la matière, qui m’a emmenée dans cette aventure. J’avais commencé par une formation en création de bijoux, à l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers, puis, lorsque la voie de l’orfèvrerie s’est présentée, il m’a semblé tout naturel d’emprunter cette direction. » Et c’est avant tout ici que réside une des clés de son succès : elle parvient à combiner à la fois rigueur et spontanéité, tout en laissant part belle à son intuition. « Je commence par le dessin, puis je réalise un prototype avec les mains, en bois, en polystyrène, ou en cire dure…. Ensuite vient le dessin technique en 2D, à partir duquel sera réalisée la pièce finale. » Son inspiration lui vient de son quotidien, professionnel et familial. De ses voyages, ses rencontres, avec d’autres cultures,… De la découverte de nouvelles matières, de nouvelles techniques. Son travail du métal (argent massif, métal argenté, acier, étain poli…) réinterprète les traditions ancestrales à travers un regard très contemporain. Nedda El-Asmar s’inscrit dans la lignée des maîtres de l’orfèvrerie moderne comme Jean Puiforcat, tout en renouvelant des formes qui doivent pouvoir s’adapter à la production industrielle actuelle. Il s’agit pour elle de déconstruire, transformer, confronter et donner du sens aux archétypes de la vie quotidienne. Un travail qu’elle aborde avec une ouverture toute spontanée, à l’image de sa relation avec la matière. « J’aime beaucoup travailler avec l’argent, qui est assez maniable, donc agréable, mais toutes les matières, mêmes pour l’expérimentation : le bois, le fer, l’étain, ou le verre de Murano… sont à la fois agréables à manipuler sont également source de surprises, d’inattendus. » Des marques aussi prestigieuses qu’Hermès, Puiforcat, Robbe & Berking, Villeroy & Boch, de Ster ou Royal Boch font régulièrement appel à son imagination pour compléter leurs collections. À chaque fois, le succès est au rendez-vous. Nedda a de l’or dans les mains…

D’hier et d’aujourd’hui

Femme de son temps, Nedda jongle entre sa vie de famille, ses cours à l’Académie d’Anvers (elle y a fait son grand retour comme professeur exactement vingt ans après l’avoir quitté comme élève, en octobre dernier !), et sa vie d’artiste propulsée en pleins feux de la rampe internationale. De ses racines, on retrouve dans ses objets un certain reflet d’influence orientale – une impression renforcée par les consonances de son nom ? – toujours est-il que Nedda refuse ici encore les étiquettes « Je suis belge de langue maternelle flamande, et mes racines orientales font partie de moi comme tout autre, il ne faut pas y voir une signification particulière. Je crois que les choses sont beaucoup plus simples que l’on peut parfois se l’imaginer » et pour le narghilé ? « Eh bien, figurez-vous, ce n’est pas moi qui suis à l’origine du projet. En réalité, c’est une commande. » Pourtant, les créations de Nedda sont empreintes de cette petite touche de chaleur qui émane des tentes berbères aux foyers d’Amman, partout où l’hospitalité coule à flots de thés savoureux, ceux qui font les délices des voyageurs de passage… « Il est certain que mes origines palestiniennes s’expriment naturellement à travers moi, et donc, à travers mon travail, mais ce n’est absolument pas un processus ou une démarche consciente. Je crée des objets pour les moments simples, des pauses quotidiennes, empreintes de chaleur et de convivialité. L’occasion d’une rencontre autour d’une tasse de thé ou de café, de se rassembler autour d’une belle table… Agrémenter cet instant par le toucher et la vue d’un bel objet, c’est tout de même très agréable ! »

http://www.nedda.be

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