Fleurons d’art en bord de Lys

Nichés dans la vallée d’une Lys ondulante, les petits villages de Laethem-Saint-Martin, Deinze et Ooidonk bénéficient d’un environnement naturel d’une grande beauté. Leurs paysages ruraux pittoresques ont inspiré plusieurs générations d’artistes pour lesquels toute la région servit de berceau à l’une des émulations créatrices les plus importantes de l’histoire du pays.

 Situé à seulement 8 kilomètres de Gand la flamboyante, le village de Laethem-Saint-Martin est un petit bijou dont l’histoire combine intimement art et nature. Volonté de fuir une société de plus en plus industrielle ou nécessité de se plonger dans un univers plus authentique (probablement les deux), dès 1898, plusieurs artistes vont suivre l’impulsion du sculpteur Georges Minne et s’installer dans la région. Il s’agit, à l’origine et entre autres, des peintres Valerius De Saedeleer, Albert Servaes, Gustave Van de Woestijne, ou encore du frère de ce dernier, le poète Karel Van de Woestijne, probablement séduits tant par les facilités de logement fournies par le peintre amateur Albijn Van den Abeele (également bourgmestre puis secrétaire communal), que par les charmes d’un environnement rural authentique, bercé par une nature riche et changeante. Si les artistes regroupés dans la première vague de « l’Ecole de Laethem » s’inspirent souvent des préraphaélites et dévouent leurs œuvres à leurs aspirations mystiques, on ne peut cependant envisager une unité stylistique entre ces peintres, sculpteurs ou écrivains, sinon essentiellement symboliste. Tous se sont bien inspirés de la nature environnante et des scènes rurales, mais chacun en conservant un style personnel. L’école de Laethem fut donc à proprement dire le label d’une émulation créatrice hétérogène et qualifie essentiellement un regroupement artistique dans une configuration lieu/temps spécifique.

Un deuxième mouvement, teinté cette fois d’impressionnisme, se formera à l’aube du XXe siècle, par l’arrivée à Laethem d’Albert Servaes, Frits van den Berghe, Gustave De Smet et son frère Léon, ainsi que Constant Permeke. Parallèlement, Emile Claus, installé à Astene, réunira autour de lui de jeunes artistes attirés par sa vision luministe de la nature. Il s’agira notamment d’Anna De Weert et de Jenny Montigny.

Fidèle à son riche passé artistique, Laethem continue d’héberger encore aujourd’hui de nombreux artistes attirés par son cadre paisible. Des musées et galeries d’art y ont fleuri et le visiteur ne manquera certes pas d’admirer l’expression des introspections ascétiques d’un Georges Minne (dont Emile Verharen écrira : « Minne incarnait des sentiments d’incertitude et d’angoisse dans des figures oniriques, des êtres primitifs ou des figures nées quelque part en dehors de notre réalité. » ), les paysages intemporels de Valerius De Saedeleer, le luminisme flamboyant d’Emile Claus ou les scènes paysannes de Constant Permeke…

Une balade à travers Laethem Saint Martin vous fera notamment découvrir son église qui, si elle fut à l’origine construite en style roman, fut ensuite totalement remaniée version néogothique en 1899. On retrouve ainsi à l’intérieur une combinaison de ces deux styles auxquels s’ajoutent des éléments baroques, et quelques oeuvres des artistes de l’Ecole de Laethem y sont exposées – dont un grand format de Gustave van de Woetsijne. Le cimetière annexe héberge la tombe de Georges Minne, ornée d’une de ses sculptures représentant la mère et son l’enfant. Valérius de Saedeleer habitait un peu plus loin, à côté de la ferme « Het Tempelhof », bâtie en 1622 et dont le nom fait directement référence à un légendaire séjour de l’ordre des Templiers.

A quelques enjambées, un petit passage par le musée Dhondt-Dhaenens de Deurle vaut le détour : fondé sur une initiative personnelle basée sur la conscience historique flamande, le musée – qui a l’ambition de se placer sur la scène internationale, comprend une très belle collection de peintures des artistes flamands. On peut donc y admirer des œuvres majeures des grands noms de l’école de Laethem mais également d’artistes contemporains comme David Tremlett, Marthe Wéry, Marcel Maeyer, Joëlle Tuerlinckx, Koen Theys and Raoul De Keyser.

Via Laethem, il est très aisé de regagner ensuite les berges de la rivière pour une petite balade bucolique, à pied ou à vélo entre les saules, les frênes ou les peupliers… L’occasion d’admirer les paysages champêtres qui jalonnent le tracé d’une Lys toujours ondulante, avant de faire cap sur Deinze, à une vingtaine de kilomètres.

C’est en effet ici que l’on peut visiter le Musée de Deinze et du Pays de la Lys, une halte incontournable dans la région. Initié en 1941, le Musée expose une vaste collection d’arts plastiques – disposée de façon chronologique, et une collection folklorique composée d’objets se rapportant au folklore, à l’industrie et à l’histoire de Deinze et de ses environs. La section arts plastiques comporte la plus belle collection compilée autour des artistes de l’Ecole de Laethem, ce qui nous fait voyager à travers un beau mélange des genres puisque se côtoient ici allègrement le symbolisme et l’expressionnisme de George Minne ou Gustave van de Woestijne, le surréalisme de Frits Van den Berghe, la Nouvelle Vision d’un Roger Raveel ou le courant figuratif qui se perpétue à travers les œuvres de Roger Wittevrongel, Jef Wauters, Jean Bilquin et bien d’autres encore…

A quelques enjambées de là, les amateurs de demeures de prestige ne manqueront pas de se laisser séduire par le raffinement du domaine d’Ooidonk, une de nos perles nationales. Situé près de Deinze, son château fut reconstruit après plusieurs destructions en 1579 par Marteen della Faille, qui lui conféra un style Renaissance. Implantée en carré, cette petite merveille architecturale renferme un joli jardin à la française dans lequel on peut se promener toute l’année durant. Aujourd’hui propriété privée du comte Juan t’Kint de Roodebeke, le château, classé monument protégé en 1944, a connu des vagues de restauration successives menées avec brio, ce qui lui vaudra même le 2e Prix Prince Alexandre de Merode, octroyé en 2005 par l’Association royale des Demeures historiques & Jardins de Belgique. Dans la droite lignée de son aïeul Henri t’Kint de Roodebeke, qui n’avait pas lésiné sur les moyens pour une transformation réussie des lieux – aidé par l’architecte Clément Parent (à qui le château d’Antoing doit également son relooking), le comte Juan déploie tous ses efforts pour préserver la splendeur de cette demeure exceptionnelle. Le château est ouvert aux visites les dimanches et jours fériés du 1er avril au 15 septembre, uniquement les après-midis, ainsi que tous les samedis en juillet et août.

Une petite promenade à travers le village d’Ooidonk nous mènera enfin tout naturellement à pousser la porte d’Ooidonk Fine Arts Gallery, une galerie qui ne manque décidément pas d’atouts. Située dans une drève bordée de Tilleuls affichant honorablement 150 ans d’âge, la galerie est une charmante fermette qui s’inscrit harmonieusement dans un cadre naturel idyllique. On regrettera d’ailleurs au passage l’intention communale de rayer tous ces tilleuls centenaires malgré l’implication très active des riverains joints à Francis Maere, le propriétaire de la galerie, pour déjouer ce crime contre nature. Ce qui frappe d’emblée en passant la porte d’Ooidonk Fine arts, c’est le bel espace intérieur où sont exposées les œuvres. On retrouve ici bien sûr quelques noms majeurs de l’Ecole de Laethem, parmi lesquels Emile Claus, Gustave et Léon De Smet, Frits Vanden Berghe, Constant Permeke, Anna De Weert et Jenny Montigny,…mais également des représentants des mouvances impressionniste, fauve et expressionniste en Belgique. Et Francis Maere, un passionné de sculptures (surtout animalières) des XIXe et XXe siècles, n’hésite jamais à donner le beau rôle à des artistes comme Jonathan Knight ou Nat Neujan. Très dynamique, la galerie ne manque aucune grand-messe des antiquaires, que ce soit à Amsterdam, Gand ou Bruxelles, et organise régulièrement des expositions à thème, dont la plus prestigieuse se déroule dans le parc du château. Une succursale ouvrira prochainement ses portes au mythique hôtel Falligan de Gand, le rendez-vous privilégié du Club des Nobles.

 

Une réflexion sur “Fleurons d’art en bord de Lys

  1. Michel Van De Velde dit :

    Bonjour,
    J’aime le ton de ce récit sur Sint-Martens-Latem… il est en accord avec la sérénité des lieux…

    Michel Van De Velde, petit-neveu de Georges Minne

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