La Cambre fait des vagues

Une île de créativité : pendant cinq jours, des étudiants issus de différentes disciplines de La Cambre se sont réunis dans un workshop en autarcie. Ils ont investi le rez-de-chaussée de l’école pour se laisser porter sur les flots de la création. Une idée bien inspirée du professeur de sculpture Erwan Maheo, entouré de ses invités de marque.

« Ocean waves » : un nom évocateur… c’était en effet le nom que l’artiste Bas Jan Ader avait donné au petit bateau avec lequel il tenta, en 1975, de traverser l’Atlantique. Le voyage, qualifié de « très longue traversée à voile », s’inscrivait dans un triptyque titré « en quête d’un miracle ». Prévue pour durer de 60 à 90 jours, l’épopée se conclut par la découverte du bateau, retrouvé à moitié submergé six mois plus tard, quelque part le long des côtes irlandaises. Bas Jan Ader avait disparu… Mais notre équipage bruxellois revisite l’histoire à contre-courant et nous offre une épilogue des plus constructive…

14 mars 2011 : la Cambre largue les amarres

Tous les membres du crew embarquent à bord. Ils ont été choisis sur candidature spontanée, tentés par l’appel du large. Le concept est novateur, comme nous l’explique son initiateur, Erwan Maheo : « L’idée était de proposer un workshop interdisciplinaire, afin de décloisonner les différent ateliers de l’école. Nous avons vécu une semaine ensemble, les dix-sept étudiants issus des ateliers de sculpture, dessin, design, peinture et photo, deux invités : l’écrivain Bruno Di Rosa et le photographe Geert Goiris, ainsi que moi-même. Tout le monde a commencé par s’aménager un espace de logement, par la construction de tentes ou de cabanes. Le radeau était également un de nos thèmes centraux : nous sommes tous rassemblés sur un espace commun à la dérive… A la fois une errance, une station de recherche, un campement, une société, ou tout espace limité et hétérotopique. Le workshop est l’expérimentation d’une situation d’isolement et d’autarcie. Tous les jours, un point est fait du travail accompli : comme un itinéraire tracé, une carte se dessine au fur et à mesure que le temps passe… Un récit de ce trajet sera rendu à l’issue du parcours, consigné par l’écrivain Bruno di Rosa, qui note : « Etre ensemble est quelque chose, ou : comment faire pour qu’être ensemble soit quelque chose ? »

L’improvisation est totale : « Chaque matin, nous discutions des différents projets que nous souhaitions aborder et chacun avait la possibilité de mettre les siens en œuvre durant l’après –midi. Je tenais à ce que les questionnements et contraintes propres à l’école, à savoir : le travail à fournir, les résultats à en attendre, les relations avec les professeurs,… puissent être affranchis, ce qui a généré des initiatives que l’on n’attendait pas du tout au départ. Et de manière générale, l’expérience était assez forte. »

D’autres professeurs de l’école ont également rejoint l’aventure : Giampiero Pitisci (design), Céline Gillain (dessin) et Hervé Charles (photographie). Autant d’intervenants capables de susciter la réflexion et surtout, l’inspiration.

Une égérie : Mona Lisa

Dans la pièce principale du campement, un poster représente la Joconde qui nous sourit de son air mystérieux. Une égérie ? « Nous avons choisi Mona Lisa car elle représente pour nous l’emblème du chef d’œuvre, accepté à l’unanimité ». Ou comme l’exprime Bruno Di Rosa : « J’avais des doutes quant au bien-fondé de cet exercice, j’appréhendais une mauvaise réception du tableau lui-même, considéré comme « trop » : « trop » célèbre, « trop » rabattu, etc. Cependant, entre tous les tableaux ou sculptures, si je l’avais choisi, c’était précisément à cause de ce « trop » pariant que, par là, il coupait court à toute subjectivité de choix. J’espérais aussi introduire une réflexion sur le temps des œuvres et la notion de chef-d’œuvre. Et bien, contre toute attente, ce que j’espérais a bien pris, ils ont regardé le tableau comme tel et l’ont commenté sans moquerie ni animosité. Il est vrai qu’il suffit de le regarder pour qu’il s’impose à tout préjugé. »

Autre figure centrale du séjour : l’ennui. Bruno di Rosa poursuit : « Je suis inquiet du vide qu’ils pourraient ressentir et parallèlement je sais que c’est un moment à traverser, que, comme toujours, après une période ou une étape d’exaltation, d’enthousiasme, suit une langueur, un plat, un découragement. Comme pour tout travail, aucune progression n’est lisse et régulière. (…) Le silence qui nous entoure semble bien accepté. Je ne sais ce qui se passe dans la tête de chacun, mais, vu de mes yeux, je crois que personne n’a l’impression de perdre son temps. Nous avons dû rester bien cinq minutes, cinq minutes entières, vingt autour d’une table, sans que personne ne parle, dans l’attente de personne, dans l’espérance de rien, dans la pure présence autrement dit.»

Le pari est gagnant : « L’après-midi s’est révélée très active, presque jubilatoire. Chacun s’active avec un optimisme déconcertant, enfin, à mes yeux. Est-ce une réaction à l’errance du matin ? Ce moment qui semblait vide n’a-t-il pas eu pour effet de concentrer l’énergie, de complexifier la volonté ? ». De silence en activité, les œuvres se créent, dans des impulsions solitaires ou communes : ici un radeau, là des tabourets, peintures ou cheval de troie,… la création prend le dessus sur le vide… « Après le repas tous se sont remis au travail et l’ardeur s’est encore accrue. Par moment, les voyant tous affairés, par deux, seuls, par quatre ou cinq, tapant, peignant, sciant, dessinant, vissant, etc. il me semble voir une entreprise emportée par l’exaltation. »

Une exaltation qui se conclut par un partage. A l’issue de ces cinq jours de questionnement, de doutes et de créativité, la Cambre ouvre ses portes sur une île. L’effervescence est à son comble, le lieu est investi. Ou l’occasion pour le public de découvrir les différentes formes que ce voyage initiatique a pu engendrer. On se balade, on embarque à travers les différentes dimensions abordées par nos jeunes créateurs et on se dit que, décidément, l’appel du large inspire…

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