Humeur : la biennale, Karl Lagerfeld, les diam’s, le champ’ et tout le tralala.

J’aurais pu en faire en sujet trendy pour mon nouveau blog « arty ». Pensez, la biennale des antiquaires à Paris, dans son nouvel élan très Lagerfeldien, très Champs-Elysées version new vintage, accueillie comme une princesse : des diam’s plein les yeux et le champ’ qui coule à flots sur un plateau de homard et son lit de crudités – so chic, so classy, so so so…

J’aurais pu vous en parler comme une nana over à la page, celle qui a découvert en live le super joailler chinois qui a fait le buzz – Wallace Chan – avec ses créations qui frisent la sculpture à des millions de dollars. Et de fait, le bouche à oreille a accompli sa mission, à savoir, faire perdre des dizaines de minutes de vie dans la queue interminable de ceux qui pourront dire qu’ils ont vu. C’est très hype, over trendy. Mais rendons à Chan ce qui appartient à Chan : sa technique et sa poésie art-mirables. Même que…

Le dicton dit que les diamants sont éternels. De fait, on a pu aussi admirer les collections de rivières, que dis-je, de cascades de joyaux sublimes exposées par les plus grands joailliers venus t’en foutre plein la tronche, toi, pauvre mortel devant l’éternel. Et les yeux brillent, j’avoue. A tel point que je me suis délectée quand, en demandant au vigile de chez Cartier par où rentrer dans le stand (stand, ça fait un peu plouc, mais appelons un chat un chat, hein) pour faire un casse, et qu’il m’a répondu « à gauche », je me suis même prise, pour un instant, mais un instant seulement, pour une pâle copie d’Audrey Hepburn dans « Breakfast at Tiffany ». En plus vieille, plus moche, moins glamour et moins classe, j’avoue aussi.

Un stand plus loin, c’est Liz qui prend la relève. Et que je t’en mette plein les yeux avec ces cartaches de diam’s relevés en couleur par une balle de rugby en émeraude… sublimissime. Sauf que…

Pauvre Liz. En voyant les photos black and white défiler sur l’écran HD au-dessus de sa collection fabuleuse, je ne pouvais pas m’empêcher de méditer sur son âge avancé, ses innombrables divorces (forcément, chaque pièce lui a été offerte par un futur mari différent tentant de sur-en-chéri-r sur le précédent), et à l’utile tellement nécessaire de la chose pour elle que tout son patrimoine affectivo-joailler s’en retrouvait livré en pâture à la convoitise de badauds qui, comme moi, laissaient leurs traces de salive souiller la vitrine prestigieuse. Même si…

Avec tout le respect que je ressens pour tout travail d’artiste, la beauté du beau, la magnificence du magnifique, je me sens perplexe. Face à toute cette splendeur du splendide, dans l’écrin du prestigieux (Karl Lagerfeld, eh, quand même, hein !), le merveilleux du sublime, je ne cesse de penser à cette confidence arrachée à coups de champ’ (encore lui !), de la part d’un ponte d’une grande banque américaine : « La crise, ça touche les pauvres et les classes moyennes. Les riches sont de plus en plus riches, et le luxe se porte bien. » Et je ne peux pas m’empêcher de penser encore aux 30.000 enfants qui crèvent de faim chaque jour et aux 30 millions de familles américaines qui ont été mises à la rue suite aux transactions crapuleuses de Goldman Sachs. (je sais, je deviens vulgaire).

Ma grand-mère adorée (gloire à son nom) vit ses derniers jours/semaines/mois/années. Et, même sans espoir, je lui souhaite une longue vie encore, à l’instar d’une Alexandra David Neel qu’elle m’a fait découvrir à 16 ans et qui a renouvelé son passeport pour le partir au Tibet à 101 ans. Ma chère Boma (Viva pataten met saucissen !) donc, a coutume de dire que l’on est possédé par ce qu’on possède. Sagesse des anciens. En esthète, amie d’artistes, fan absolue d’Egon Schiele (ma Boma chérie s’est toujours fichue des conventions), elle a accumulé de belles choses. Et pourtant….

Elle m’a dit récemment : « tu sais bouboule, quand je passerai l’arme à gauche, je voudrais qu’on m’incinère et qu’on jette mes cendres dans un jardin. Parce que je rêve de me réincarner en pissenlit. »

Un pissenlit ! Oh Shocking ! Pourquoi pas une émeraude, un saphir fabuleux, un diamant rare ?

Parce que les diamants sont éternels. Nous pas. Et pourtant…

Show must go on !

Damien Hirst crâne de platine incrusté de 8000 diamants

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