Bien dans son assiette !

Ces quatre dernières décennies, notre société a connu des évolutions considérables : éclatement des modèles familiaux, avancées technologiques en vitesse VV’, accélération du rythme de la vie – toujours plus frénétique, vieillissement de la population, hyper standardisation des produits, repères mis à mal… autant de critères ayant une influence directe sur l’évolution de nos comportements alimentaires. Alors… bien dans son assiette ?

Conséquence directe des scandales alimentaires qui ont entaché l’industrie ces dernières décennies, le belge semble n’avoir jamais eu autant le souci de « bien manger ». Selon une enquête menée par le CRIOC (1) en 2010, le premier critère d’achat reste bien sûr (crise oblige !) le prix, pour être suivi par la qualité du produit. En revanche, le choix du produit sain rentre dans les derniers critères de sélection. Et pourtant…

Pour Hakim Benbouchta, consultant en marketing stratégique chez Back In Business : « Suite aux nombreuses crises alimentaires, le consommateur est en demande de sécurité et a redécouvert les bienfaits des nourritures naturelles. Plus d’attention est portée à l’origine et aux composants des aliments. Le vieillissement de la population s’est vu accompagné par une forte croissance des produits issus de la nutri-pharma, enrichis de toutes sortes (fibres, vitamines, oligo-éléments…). On veut vivre longtemps et vivre en bonne santé. En réponse à la standardisation des produits revient le désir de l’authentique. La proximité est aussi de retour, par l’émergence des commerces de quartier et la profusion de labels d’origine. Par ailleurs, les consommateurs sont à la recherche de produits flexibles, adaptables, en constante évolution, qui collent à leur mode de vie et à leurs activités disparates. Les produits doivent être de plus en plus innovants pour susciter le désir. Ainsi, le marché du food se met à faire des « éditions limitées » : des produits attisent notre curiosité puis disparaissent. Parallèlement, on a vu l’émergence du « Fast-Good » : rapide, d’accord, mais sain. Certaines chaînes de l’ont bien compris, dès lors qu’elles mettent en avant la qualité des produits proposés et leur apport nutritionnel. »

Prendre le temps…
Si les consommateurs déclarent consacrer du temps à leurs courses, celles-ci sont souvent considérées comme une corvée. D’aucuns les effectuent au jour le jour, se laissant pratiquement guider par leur envie du moment, d’autres planifient une base d’une fois par semaine et des achats complémentaires au cours de la semaine. On constate par contre que moins de temps est accordé à la cuisine. Les consommateurs optent plus souvent pour des solutions toutes faites aux qualités variables et auxquelles ils apportent éventuellement leur petite touche complémentaire. Une tendance qui pourrait bien se renverser, comme nous l’affirme Hakim Benbouchta : « Les nouvelles technologies ont fait passer les relations humaines du plan de réalité à celui de la virtualité, mais plus on sent le monde s’éloigner, plus on cherche à se rapprocher de ses racines. Plus on vit virtuellement, plus on est à la recherche de sensations réelles. L’alimentation est une expérience sensuelle intense qui nourrit le corps mais aussi l’esprit, et la redécouverte du plaisir de cuisiner est l’occasion pour chacun d’exprimer sa créativité. Ainsi, on a assisté ces dernières années à l’émergence de nombreux cours de cuisine où chacun pouvait apprendre à retrouver ce contact créatif avec lui-même, et reprendre le temps de savourer pleinement ces sensations… »

La nutrithérapie, un programme global
Car bien s’alimenter est une source majeure pour une vie saine et bonne santé, nous l’avons tous bien compris. Qui, aujourd’hui, a échappé aux nombreuses campagnes des « 5 fruits et légumes par jour » ? En France, Le Dr Jean-Paul Curtay a créé la première consultation de nutrithérapie et enseigné à partir de 1989 ses techniques aux médecins dans de nombreux pays à travers le monde. Il est à l’origine de plusieurs des protocoles utilisés dans cette discipline. En tant que Président de la Société de Médecine Nutritionnelle, il s’est employé à développer l’enseignement de la nutrithérapie auprès des médecins, à introduire l’éducation nutritionnelle dans les écoles à partir d’un projet coordonné à Bruxelles et d’amener les agriculteurs et l’industrie agro-alimentaire à évoluer vers des produits intégrant les demandes «mieux-être et santé ». Pour son livre « Okinawa, un programme global pour mieux vivre », il s’est attelé à l’étude des habitudes comportementales des habitants de l’archipel, connus pour leur record mondial de la longévité en bonne santé. Leurs secrets ? « Une alimentation variée et très savoureuse, peu calorique et exceptionnellement riche en nutriments protecteurs, une propension à rester en mouvement, une perception très positive du monde et de la vie, de puissants outils de gestion du stress, et enfin beaucoup d’humour et de créativité. »

<Se connecter à son plaisir et à ses émotions…A contrario, si notre société occidentale ne s’est peut-être jamais autant souciée de manger sain, paradoxalement, les déviances comportementales face à l’alimentation, comme en témoigne la croissance affolante de l’obésité, sont bien présentes. Comment retrouver un équilibre, tant corporel que psychique, lorsqu’on se sent pris dans ce type d’engrenage ? Pour Philippe Tahon, thérapeute des troubles du comportement alimentaire, la première règle à suivre est simple : « No diet ! ». Sans langue de bois, ce coach engagé fustige les régimes alimentaires qui représentent un danger pour la santé, physique et psychique, et provoquent bien souvent un « effet yoyo ». « Le problème du poids est avant tout un symptôme et traduit l’image inconsciente que l’on se fait de soi-même. Globalement, il me semble que tout le monde pressent ce qu’est une alimentation équilibrée. Une perte de repères par rapport à l’alimentation survient lorsque les émotions sont mal gérées et génèrent de la frustration, de la colère et de la culpabilité. S’en suit un cercle vicieux de problèmes de poids renforcé par des régimes à répétition qui pervertissent ce rapport initial intuitivement sain. Par ailleurs, un climat de méfiance s’est instauré suite aux scandales alimentaires, il y a aussi toutes les angoisses d’avenir induites par la crise, la méfiance face à l’avenir, l’injustice sociale, la pression de l’image… La spontanéité disparaît, le plaisir aussi…. »

Une dimension émotionnelle donc, à travailler en parallèle avec ses habitudes de vie… : « La vie contemporaine dans notre société est beaucoup trop rapide, les parents ont perdu la coutume de prendre le temps de cuisiner en famille, ce qui incite à une accoutumance aux repas industriels. Les jeunes sont habitués aux pizzas, aux plats préparés, aux marques, ce dont les parents se culpabilisent. De plus en plus, chacun mange de son côté, devant la télévision ou l’ordinateur. La fatigue joue aussi pour beaucoup : il est plus difficile de manger de manière juste quand on est fatigué car le corps réclame alors des sucres plus rapides. Tous ces facteurs sont amplifiés par une pression de perfection et de pureté omniprésente, qui génère également beaucoup de frustration et de culpabilité. Une spirale se crée et les personnes qui s’y sont englouties mangent de manière de plus en plus inadéquate. Elles ne se font plus confiance, cherchent ensuite des solutions toutes faites, des modes d’emploi qui les éloignent d’elles-mêmes… »

Alors, y a-t-il une « recette miracle » ? « Non, bien sûr, poursuit Philippe Tahon, nous sommes tous différents par rapport à la nourriture : éducation, environnement, culture, pouvoir d’achat… Chacun doit trouver en lui-même son plaisir et son propre rapport à la nourriture. Il n’y a pas de clés, pas de solutions toutes faites, mais chaque personne peut être pleinement actrice de sa vie et prendre les choses en main. Mon travail consiste à accompagner mes patients à la redécouverte d’eux-mêmes, je les aide à comprendre leur comportement, à se reconnecter émotionnellement et à redéfinir leurs habitudes de vie en fonction de leurs désirs et de leur plaisir. En les encourageant à être attentif à leurs émotions, à prendre le temps d’imaginer ce qui pourrait leur faire du bien, en les incitant aux plaisirs simples de la cuisine et à retrouver un moment de créativité familiale. Mon encadrement consiste à donner des outils pour que tout un chacun se fasse confiance et retrouve son équilibre. J’aide les personnes qui viennent me consulter à retrouver leur bon sens : sans diaboliser ni encenser. Je dirais que l’attitude principale à adopter est toujours de manger ce qui nous fait plaisir quand on a faim. Certaines personnes ne ressentent plus ni la faim ni la satiété parce qu’elles ont pris l’habitude de grignoter intempestivement. Hors, notre corps nous indique ce dont nous avons besoin. Il suffit d’être à son écoute. Et de se faire confiance… »

La galère des régimes
En Europe, un nombre important d’hommes et de femmes se déclarent soucieux de perdre du poids. Un rapport interpellant de l’ANSES (2), définit l’obsession du régime comme le reflet d’un phénomène de société de plus en plus important qui érige la minceur voire la maigreur en modèle de beauté. Aussi, la dictature de l’image du corps, qui n’est pas simplement une construction individuelle auto centrée, mais un fait social, collectivement élaboré, soumet en permanence la personne aux canons de la beauté et de la normalisation sociale du corps, reflet des préoccupations d’une époque plus que le fruit de l’image que chacun peut avoir de lui-même. Ceci explique que l’idée de régime alimentaire soit prégnante dans la société et oblige les professionnels de santé à faire face à l’émergence du culte de la minceur. Ce phénomène de société a ainsi contribué au développement d’un arsenal varié de stratégies thérapeutiques de l’obésité, ainsi qu’un foisonnement de conduites nutritionnelles visant à réduire le poids corporel. Toutefois, les régimes amaigrissants, parfois non justifiés, pratiqués ou non sous contrôle médical, ne sont pas exempts de risques psycho-comportementaux ou organiques, systémiques ou circonscrits à certains organes ou tissus. Sur une trentaine de régimes populaires analysés, tous induisaient des carences plus ou moins importantes et néfastes physiquement et psychologiquement. La vigilance est donc de mise !

En savoir +
(1) CRIOC : http://www.crioc.be/files/fr/4994fr.pdf
(2) Rapport sur l’évaluation des régimes : http://www.anses.fr/Documents/NUT2009sa0099Ra.pdf
Jean-Paul Curtay : http://jeanpaulcurtay.typepad.com/okinawa/
Philippe Tahon : http://www.nodiet.be

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