L’intelligence des plantes

« Savons-nous ce que serait une humanité qui ne connaîtrait pas la fleur ? » Maurice Maeterlinck

Les plantes sont–elles dotées d’une forme d’intelligence ? Métaphorique pour les uns, réel pour d’autres, le concept divise. Mais les dernières recherches en biologie moléculaire ont mis en lueur certaines aptitudes comportementales remarquables chez les végétaux. Et celles-ci ne peuvent que susciter un plus grand respect encore face à cette forme de vie sans laquelle la nôtre serait tout simplement inexistante… par Nathalie Kuborn

Depuis toujours, les humains observent le comportement des plantes. On retrouve déjà dans la mythologie grecque des nombreuses descriptions à ce sujet. Il sera remis en lueur par Charles Darwin qui annonçait notamment les prémices du phototropisme, ou la capacité qu’ont les plantes de réagir à la luminosité de leur environnement pour réaliser la photosynthèse. A priori incapables de se mouvoir, les plantes ont tout de même la faculté d’adapter leur courbure de manière à pouvoir recevoir cette lumière qui leur est essentielle. Les inflorescences de tournesol sont un exemple remarquable d’héliotropisme. C’est Chandra Bose (1858-1937) qui avança le premier l’hypothèse d’une forme d’intelligence chez les plantes, en démontrant l’importance de signaux électriques dans le mouvement des feuilles de mimosa en réponse au toucher.

Mais les scientifiques du XIXe n’ayant pas le « droit » d’ « anthropomorphiser » les plantes, malgré des similitudes évidentes, il aura fallu près d’un siècle pour que le concept d’intelligence végétale refasse surface, et de nouvelles découvertes importantes ont été faites. On a ainsi identifié des molécules similaires aux neurotransmetteurs d’animaux : la « systémine », un peptide transporté à travers l’organisme qui active une réponse après un contact avec un récepteur : lorsqu’une feuille est attaquée par un prédateur, la systémine se diffuse vers les organes qui se préparent. D’autres hormones, comme l’auxine, coordonnent remarquablement la réponse des organes aux stimuli externes. Au-delà de la cellule, les plantes sont également capables de communiquer entre elles pour signaler l’arrivée de prédateurs : une chenille mâchant une feuille libérera certains signaux qui alertent leurs voisines, dès lors en mesure de se protéger en produisant des molécules toxiques pour contrer ces prédateurs.

Alors, peut-on véritablement parler ici d’intelligence ? A la source du débat que le sujet suscite au sein de la communauté scientifique vient in prime la notion même d’intelligence. Quelle définition lui apposer ?

Si nous prenons celle proposée par le philosophe et psychologue néo-zélandais David Stenhouse : « l’intelligence est un comportement adaptatif qui varie au cours de la vie d’un individu », la réponse serait : oui ! Car au sein de cet univers végétal, qui paraît si paisible, se déroule en réalité une impitoyable bataille perpétuelle face à laquelle les plantes, ambitieuses, investissent la terre malgré leur immobilité apparente. Comme l’écrivait Maurice Maeterlinck : « S’il se rencontre des plantes et des fleurs maladroites ou malchanceuses, il n’en est point qui ne soient dénuées de sagesse et d’ingéniosité. Toutes s’évertuent à l’accomplissement de leur oeuvre ; toutes ont la magnifique ambition d’envahir et de conquérir la surface du globe en y multipliant à l’infini la forme d’existence qu’elles représentent. Pour atteindre ce but, elles ont, à raison de la loi qui les enchaîne au sol, à vaincre des difficultés bien plus grandes que celles qui s’opposent à la multiplication des animaux. Aussi, la plupart ont-elles recours à des ruses, à des combinaisons, à une machinerie, à des pièges, qui, sous le rapport de la mécanique, de la balistique, de l’aviation, de l’observation des insectes, par exemple, précédèrent souvent les inventions et les connaissances de l’homme. »

Question de sensibilité

De là à dire que les plantes ont une sensibilité comparable à la nôtre, il n’y a qu’un pas (sensible !) à franchir ? Osera t’-on ? Ceux qui s’y sont risqués se sont fait clouer au pilori par les scientifiques les plus rationnels, au mieux, taxés d’illuminés new age. C’est ce qui arriva à Cleve Backster, lorsque ce spécialiste du polygraphe eut l’étrange idée d’utiliser ce détecteur de mensonges, en 1966, pour tester le pouvoir émotionnel de la plante. En la menaçant de brûler une de ses feuilles, il voit l’appareil, qui lui est relié, s’affoler. De nombreuses expériences (dont le protocole est controversé), amèneront Backster à confirmer sa théorie sur l’émotion des plantes. Malgré des résultats plus étonnants les uns que les autres, les recherches de Backster sont toujours contestées par la majorité de la communauté scientifique (comme l’a été pendant très longtemps – et parfois même encore aujourd’hui… – l’idée que l’animal pourrait avoir une conscience, ressentir des émotions et être sensible à la douleur !).

Et que penser du « phénomène Don José Carmen Garcia Martinez » : cet agriculteur mexicain est connu dans le monde entier pour son travail avec les plantes, ses légumes géants, et ses rendements exceptionnels : des choux de 45 kgs, des pieds de maïs de 5 mètres de haut, des feuilles de blette de un mètre cinquante de long, 7 à 8 courges par pied (contre 1 à 2 habituellement) ou 110 tonnes d’oignons par hectare (contre 16 tonnes normalement)… ?

Pour Don José Carmen, c’est l’amour qui lui donne cette main verte ! Et c’est ainsi, par la communication affective qu’il établit mentalement avec elles et le savoir traditionnel aztèque, qu’il a obtenu des résultats miraculeux, sur une terre pourtant presque stérile : “J’ai commencé par m’asseoir auprès des plantes, je me suis mis à les observer. Puis je leur ai demandé de m’aider. Les plantes, comme tout ce qui vit, ont une forme d’intelligence qui leur permet de communiquer avec nous, il suffit de les écouter. Parfois, pendant la nuit, je sens que mes plantes ont soif, alors je marche jusqu’à mon champ, et je les arrose jusqu’à ce qu’elles soient satisfaites. C’est absurde d’appliquer à la lettre les conseils d’arrosage, car, comme les hommes, chaque plante est différente… » Chimistes, agronomes, techniciens et ingénieurs ont suivi le travail de cet homme et ses résultats étonnants. Des ingénieurs du Ministère de l’agriculture mexicain sont venus analyser l’eau, les légumes, les semences et surtout le terrain volcanique de l’agriculteur… Rien de particulier n’a été décelé. Et les champs voisins ne donnent que des plantes « normales ».  » Quand je suis allé concourir avec 153 ingénieurs de l’administration agricole à Mexico , je les ai battu de 2000% avec les choux. 110 tonnes à l’hectare : la vérification a été faite par leurs soins, ils n’ont même pas atteint 6 tonnes ! ». Don Carmen cultive sans pesticides et multiplie pourtant jusqu’à dix fois la production agricole ! Il utilise 700 grammes de fertilisants par hectare, au lieu des 500 kilos habituels dans l’agriculture intensive, il cultive sur terres salées, il crée de nouvelles plantes résistantes aux maladies, non transgéniques, etc… A travers son amour pour les plantes, à l’écoute de la nature en toute humilité, en respectant simplement ses lois comme le faisaient ses ancêtres précolombiens, l’homme réussit des prodiges et obtient des rendements extraordinaires… Pour Don Carmen, les plantes ont une forme d’intelligence : elles peuvent communiquer avec nous, et nous pouvons apprendre à les écouter, les respecter et les aimer…

A lire :

Goethe : « Métamorphoses »

Maurice Maeterlinck : « La vie de la nature »

Yvo Perez-Barreto, « L’homme qui parle aux plantes »

Jeremy Narby : « L’intelligence dans la nature »

Remerciements à Matthieu de Carbonnel, biologiste moléculaire, Université de Lausanne. Il travaille sur le phototropisme et à Syngenta, sur la réponse des plantes à l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère et à la sécheresse.

4 réflexions sur “L’intelligence des plantes

  1. Eric Rosseel dit :

    Bien sûr les plantes « s’engagent » dans des connections avec les éléments de leur environnement. Et il est vrai: on s’ étonne de plus en plus de la richesse et des variations de ces connections. Le critère d’adaptation que vous empruntez d’un psychologue bien sélectionné, néanmoins ne dit rien. C’est un jugement fait a posteriori par un tiers, comme c’est aussi le cas quand nous appelons un enfant « intelligent ». Nous commettons l’erreur de lier l’intelligence à un résultat positif, bien un comportement très intelligent ne peut aboutir qu’à un échec.
    En plus en psychologie le concept d’intelligence et surtout du IQ a toujours été dubieux. Les tests d’IQ ont été introduit par Binet vers 1880 à la demande du gouvernment français afin de « libérer » kes classes d’écoles des enfants peu doués; puis par les Americains pour recruter leur soldats en 1917 pour la Première Guerre Mondiale. Tout au long depuis le contenu du concept d’intelligence à changer (maintenant on met l’accent sur la « fluidité mentale », ce qui auparavant était considéré comme un aspect de manque de concentration!).
    Avec tout respect pour les flux vitaux des plantes, y imputer le concept d’intelligence nie l’évolution de la complexité de la vie. La vie animale est toujours « supérieure » à la vie des plantes, pas d’un point de vue morale mais parce que depuis l’émergence des plantes le monde géographique et écologique à changer et l’intéraction avec cet environment modifié a « forcé » les êtres vivants de developper de nouvelles formes de morfologie et de connections avec cet environment. Appliquer un mot tellement diffus et connoté de significations non-scientifiques comme « intelligence » (ou « créativité) ne mènent, à mon avis, qu’à des mysticismes obscurs et même dangéreux.

    Eric Rosseel, dr. psychologie

    • editopolis dit :

      Merci pour votre intervention.
      Face à la multitude de définitions de l’intelligence, j’en ai effectivement choisi une. A votre tour, vous l’associez au « concept » QI. Et vous écrivez : « Tout au long depuis le contenu du concept d’intelligence à changer (maintenant on met l’accent sur la « fluidité mentale », ce qui auparavant était considéré comme un aspect de manque de concentration!) ». Les mentalités, ou les définitions et positions scientifiques évoluent. Ou pas… puisqu’il nous faut les « dernières recherches en biologie moléculaire » pour valider ce que Bose ou Darwin avançaient déjà – et que la plupart des jardiniers/botanistes/horticulteurs passionnés ressentent naturellement. (Remarquez que je privilégie les approches scientifiques, je ne vous citerai certes pas Rumi Maintenant, s’il vous semble qu’ « Appliquer un mot tellement diffus et connoté de significations non-scientifiques comme « intelligence » (ou « créativité) ne mènent, à mon avis, qu’à des mysticismes obscurs et même dangereux. », je vous répondrais volontiers qu’il n’y a aucun danger à être fasciné face à la complexité mystérieuse de la vie sous toutes ses formes… Bien au contraire : si cette fascination inspire un plus grand respect… Bien à vous, nathalie

      ps : je n’ai pas compris ce propos : « La vie animale est toujours « supérieure » à la vie des plantes, pas d’un point de vue morale mais parce que depuis l’émergence des plantes le monde géographique et écologique à changer et l’intéraction avec cet environment modifié a « forcé » les êtres vivants de developper de nouvelles formes de morfologie et de connections avec cet environnement. » « Depuis l’émergence des plantes…. » ????

      • rosseel dit :

        à un certain moment, dans un mileu spécifique dans de temps géologiques lointaines, les unicellulaires se sont formé par se proéger avec un (une?) membrane. Si la vie s’est développé jusqu’à des plantes etc, ce n’est pas seulement à cause d’une dynamique intérieure des monocellulaires. C’est parce que aussi leur millieu a changé avec les ères géologiques, ce qui a actualisé des potentialités des systèmes monocellualires. Ils se sont entr’autres transformé en multicellualaires et ainsi de suite. On oublie toujours que la génèse des humains c’est accompagneé par le rétricissement fes forêts, ce qui forcé des primates evolués (des singes) à se faire une vie dans les savannes et les déserts: c’est cela le homo sapiens.
        La question morale est ambigue: bien sûr nous, humains, nous essayons de survivre en nous disant que nous somme « supérieurs ». Mais c’est très relatif. En ce qui concerne le fait que toutes les manifestations nous fascinent, cela aussi est relatif. Peu de gens sont fascinés par les virus, comparé aux papillons ou les araignés. Enfin, il est tard et cela me demande un effort pour m’exprimer dans un français convenable. Bien à vous!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s